parchemin d'argent 2012 web

 

Les trous

 

Je sorts durant la nuit, lorsque crie le hibou,

Sous la lune sans bruit, je marche à pas de loup.

Au fond de mon jardin, dans un endroit secret,

A l'abri des regards des voisins indiscrets,

J'ai creusé de grands trous pour pouvoir enterrer

Tous les mots douloureux qui m'ont désespéré.

 

J'ai bêché le premier, lorsque j'étais gamin,

Ma mère n'était plus là pour me donner la main,

Un soir en rentrant seul, de son enterrement,

Sans pleurer, doucement, au fond j'ai mis « maman »

A côté j'ai posé « innocence » et « jouer »

Et les ai recouverts de trois rosiers noués.

 

Plus tard je fus soldat, à défaut de victoires,

D'un destin somptueux j'ambitionnais la gloire.

Dans un trou j'ai jeté « pardon », « excusez moi »

Et puis « merci » aussi, qui signaient mes émois

Je les ai habillés d'un tapis d'ancolies,

Peut être par regret ou par  mélancolie.

 

Mes enfants ont grandi, ils ont souffert trop tôt,

Ce n'était pas leur tour, j'ai juré in petto,

Dans un trou j'ai mis « Dieu », et les bondieuseries,

Les « Ave » les « Pater », toutes ces conneries,

Et puis j'y ai semé des graines de pavots,

Pour survivre drogué comme tous les dévots ....

 

Hier j'en ai creusé un nouveau près d'un arbre,

Peut être le dernier, sous une plaque en marbre

Au fond j'ai balancé « amour », « chérie », « je t'aime »,

Je vais y cultiver des pots de chrysanthèmes...

 

Mais j'ai gardé ton nom tout au fond de mon coeur

Il m'accompagnera dans l'ultime demeure.